Souffrance au travail : que faire et à qui parler
25 octobre 2026 • Risques Psycho Sociaux • • par Renaud Guinchard
Souffrance au travail : Certaines périodes de travail deviennent très lourdes à porter. On y va à reculons, on rentre vidé, et les soirées et les week-ends ne suffisent plus à récupérer.
Si vous traversez un moment très difficile, ou si des idées noires vous viennent, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable 24h/24 et 7j/7. L’appel est gratuit et confidentiel, et un professionnel formé vous répond. Vous pouvez aussi l’appeler pour un proche. En cas de danger immédiat, le 15 et le 112 sont là.
Si vous arrivez ici après avoir lu votre profil BEE, ce profil décrit ce que vous ressentez en ce moment. Il ne dit rien de votre valeur, de vos compétences ni de votre solidité, et il n’a rien d’un diagnostic médical. Une situation de travail peut évoluer, et une aide existe même quand on n’a plus beaucoup d’énergie pour la chercher.
Sommaire
Souffrance au travail : prendre ce que vous ressentez au sérieux
Quand les difficultés durent, on finit par se dire que c’est normal, qu’il y a pire, qu’il faut tenir encore un peu. C’est une façon de continuer à avancer. Elle a l’inconvénient de faire passer au second plan ce que le corps et l’humeur essaient de signaler.
L’INRS cite plusieurs signaux possibles de souffrance au travail : irritabilité, tristesse, repli sur soi, difficultés de concentration, insomnies, maux de tête, ou besoin de café, d’alcool ou de médicaments pour tenir le coup. Ces signes ne désignent aucune maladie en particulier. Ils montrent seulement que le sujet mérite d’être abordé avec quelqu’un.
Vous n’êtes pas en cause pour autant. Des conditions de travail dégradées peuvent être à l’origine des difficultés, sans problème personnel ni fragilité particulière. La charge, le manque de marge de manœuvre, des relations tendues, un travail qui perd son sens, un manque de reconnaissance ou des changements répétés peuvent peser, souvent ensemble.
Chercher un coupable aide rarement. Les causes de la souffrance au travail se trouvent le plus souvent dans plusieurs aspects de l’organisation et du fonctionnement du travail. Comprendre ce qui pèse permet d’avancer plus vite que désigner quelqu’un.
Parler de sa souffrance au travail : commencer par une seule personne
Inutile de tout résoudre d’un coup. Le premier pas peut tenir en une phrase, dite à quelqu’un en qui vous avez confiance : « En ce moment, ça ne va pas au travail, j’ai besoin d’en parler. »
Un proche peut vous écouter. Un collègue peut aussi vous donner un autre avis et vous dire si d’autres vivent la même chose. Pendant une période difficile, on a tendance à s’isoler, et ce simple échange aide souvent à prendre du recul.
Si vous avez un peu d’énergie, trois gestes simples peuvent suffire pour cette semaine :
- noter les deux ou trois situations qui pèsent le plus, avec des exemples concrets ;
- repérer les moments ou les personnes qui vous font encore du bien ;
- prendre un rendez-vous avec l’une des personnes citées ci-dessous.
Ces notes vous éviteront de tout réexpliquer à chaque fois, surtout les jours où les mots viennent difficilement.
Souffrance au travail : qui peut vous aider, et comment
Le médecin du travail et le service de prévention et de santé au travail. En cas de souffrance au travail, c’est souvent le meilleur point de départ, car ils connaissent à la fois la santé et le travail. Vous pouvez demander à bénéficier d’un examen, en dehors des visites prévues, et cette demande ne peut motiver aucune sanction. Le médecin du travail vous écoute dans le respect du secret professionnel, peut étudier vos conditions de travail, proposer un aménagement de poste et vous orienter vers d’autres professionnels.
Votre médecin traitant. Il connaît votre santé dans son ensemble. Vous pouvez lui parler de ce que vous vivez au travail, même si cela vous semble éloigné d’un motif de consultation. C’est le mieux placé pour évaluer ce dont vous avez besoin et vous orienter si nécessaire.
Un psychologue. Il offre un espace pour déposer ce qui pèse, comprendre ce qui se joue et retrouver des appuis. Le dispositif Mon soutien psy permet, sous conditions, le remboursement de séances chez un psychologue partenaire. Il concerne les difficultés légères à modérées : si vous allez très mal, votre médecin pourra vous orienter vers un accompagnement plus adapté.
Votre manager ou les RH. Si le dialogue est possible, ils sont souvent les mieux placés pour agir sur le quotidien. Ils peuvent analyser les difficultés avec vous, adapter votre activité ou modifier votre poste si nécessaire. Une entreprise ne peut agir que sur ce qu’elle voit, et une demande précise a plus de chances d’aboutir : ce qui se passe, l’effet que cela a sur votre travail, ce qui pourrait aider. Si la difficulté concerne votre manager, vous pouvez vous adresser aux RH ou à un autre responsable.
Les représentants du personnel et le CSE. Ils peuvent vous écouter en toute confidentialité, chercher une solution avec vous et, avec votre accord, alerter le service de santé au travail ou la hiérarchie.
Les référents harcèlement. Un référent est désigné par le CSE, et un autre dans les entreprises d’au moins 250 salariés, pour le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. Ils peuvent vous informer et vous orienter.
L’inspection du travail et les organisations syndicales. L’inspection du travail peut vous informer sur vos droits, en toute confidentialité. Les syndicats et certaines associations peuvent aussi vous aider à y voir clair.
Face à une souffrance au travail, vous n’avez pas besoin de savoir à l’avance quel est le bon interlocuteur. Le premier que vous contacterez pourra vous orienter.
Quand une relation de travail est bloquée
Lorsqu’une tension s’est installée avec un collègue ou un responsable, elle peut devenir une source de souffrance au travail, et il devient parfois impossible d’en parler directement. La médiation peut alors aider. Un tiers neutre, formé à cet exercice, aide chacun à exprimer ce qu’il vit et à chercher une issue. Des médiateurs sont formés spécifiquement à l’entreprise, notamment par l’Institut Français de la Médiation.
Elle repose sur l’accord des personnes concernées, et les RH, le CSE ou le médecin du travail peuvent vous aider à savoir si elle convient à votre situation. Elle ne remplace pas une protection : si vous vous sentez en danger, passez d’abord par les interlocuteurs cités plus haut.
Si vous pensez à du harcèlement
Les mots comptent ici. Le harcèlement moral suppose des agissements généralement répétés, qui dégradent les conditions de travail et peuvent porter atteinte aux droits, à la dignité ou à la santé. Il se distingue du stress, des difficultés relationnelles et de l’exercice normal de l’autorité. Pour y voir clair, vous pouvez lire Le harcèlement : une violence qui n’a pas la franchise du combat et L’abus du terme de harcèlement.
Si vous avez un doute, parlez-en au médecin du travail, aux représentants du personnel ou aux RH. Il peut aussi être utile de noter les faits et leurs dates, de façon sobre, et de conserver les écrits concernés. Vous n’avez pas à qualifier vous-même la situation pour demander de l’aide.
Pour aller plus loin
- La souffrance psychique au travail
- 3 choses importantes à savoir sur la dépression au travail
- La fin de la boule au ventre
Questions fréquentes
Le médecin du travail répète-t-il à mon employeur ce que je lui dis ?
Il est tenu au secret professionnel. Il peut proposer des aménagements ou alerter l’employeur de façon collective, sans révéler le contenu de votre échange.
Suis-je en burn-out ?
Seul un professionnel de santé peut répondre à cette question. Votre médecin traitant ou votre médecin du travail peuvent en parler avec vous. L’article Burn-out et maladie professionnelle donne des repères généraux.
Quelqu’un voit-il mon profil BEE ?
Non, il n’est visible que par vous. Si une alerte individuelle vous a été proposée après le questionnaire, c’est vous qui décidez d’y donner suite : si vous refusez, aucun contact n’est pris.
Pour en savoir plus sur le profil BEE, vous pouvez consulter la FAQ Workcare.
Sources
- Que faire et à qui s’adresser face à une crise suicidaire ?, Santé.fr, ministère chargé de la Santé
- Risques psychosociaux, en parler pour en sortir (ED 6251), INRS
- Article R4624-34 du Code du travail, Code du travail numérique
- Harcèlement moral : Code du travail et Code pénal, DREETS Bretagne
- Mon soutien psy, Service-public.fr
- Institut Français de la Médiation